
Sophia
Réveil presque matinal… Tiens, Elric a re-transféré son lit à côté du mien.
Après avoir pesté intérieurement contre nos deux téléphones qui n’ont fait que sonner tout au long de la matinée, je dis bonjour à mon colocataire. Celui-ci a décidé de ne pas passer ses épreuves de rattrapage de lundi, de rentrer chercher des affaires puis de revenir à Paris. Je lui dis que c’est con, essaie de le convaincre d’y aller quand même, lui propose de passer la journée à le faire réviser. Refus catégorique. Bon, je veux me lever. Il ne veut pas. Soit, je resterai encore un petit peu.
Il m’abreuve de compliments. Je n’ai qu’un mot à la bouche : “arrête”. Ça l’énerve, mais visiblement pas suffisamment : il continue. Je finis enfin par me lever et je suis en train de m’habiller quand il me dit qu’il est con, qu’il a écrit un billet qui ne me plaira pas (“encore ?”), qu’il n’aurait pas dû, qu’il veut l’effacer illico. Je n’ai plus peur de grand chose, je lui dis que je le lirai plus tard.
Il ne veut plus prendre sa douche, il a peur que je lise en son absence et que je parte sur-le-champ. Je le rassure, je ne lirai pas. Il n’a pas confiance. Je suis en présence d’un vrai gamin mais c’est pas grave, j’aime ça. Alors je me remets à côté de lui, ordinateur à la main, pour lire le billet en sa présence. Lecture. Rires. Ce n’était donc que ça ? Depuis le début de la semaine Elric alterne les “je t’aime” avec les “je t’aime plus, c’est fini, je suis guéri”. Les “reste s’il-te-plaît” avec les “pars tout de suite, j’en ai marre, tu te fous de ma gueule”. Un rien suffit à le faire changer d’avis (l’explication de son dernier billet résiderait-elle dans ce reproche, formulé avec une moue ce matin : “tu t’es endormie super vite hier !” ?)
Finalement, la cohabitation n’est pas des plus faciles, mais je ne sais toujours pas répondre à la question initiale : Elric est-il vraiment impossible à vivre ? Peut-être. Peut-être que c’est moi qui le suis. D’ailleurs, s’il y a des volontaires pour m’aider à le déterminer, je risque d’avoir besoin d’un toit dans un futur proche
Elric. Conclusion.
Je suis définitivement pas un mec bien. Les réponses sont tombés. Une minute, le corps s’est mis en pause et j’ai compris. Il faut croire que mon corps n’a plus produit de testostérone un instant. Il a hésité, il n’a plus su, il ne voulait pas de stock, je me suis retrouvé vide ; je me suis senti extralucide.
Cet échec, cette interruption de la servitude de l’esprit par le corps, m’a semblé être le fameux flash d’un médium. Ca y est, je vois, je sais, oui! l’amour rend aveugle et je suis enfin libre!
C’est parti. Révélations.
“moi” c’est bobble bubble, “N1Ne ” c’est ma colloc du canada, et je suis vraiment insupportable à vivre et je ne suis pas un mec bien et je n’aime plus sophia. Stop, fin de la communication avec l’au delà. J’ai beau vérifier sceptiquement chaque information, il n’y a pas de doute.
Il en aura fallu de l’amour pour m’accrocher à l’idée que je pouvais être bien avec une fille qui à un esprit de contradiction omniprésent, qui m’aime moins que je l’aime et qui travaille 20H par jour. J’avais réussi à me convaincre, que je voulais faire une exception. Que je désirais l’inimaginable. Que je me sentais prêt à me mettre en couple; Avec la synthèse de tout ce que je ne peux pas supporter. Le rejet couplé à des mots amoureux peux faire des miracles sur certaines personnes et je conseille à toutes les âmes désespérées, amoureuses, hésitante, qui ne savent pas comment faire craquer quelqu’un d’utiliser cette technique. Mais il faut être doué, et Sophia l’est.
Le fait est que j’ai toujours eu des doutes que j’ai préféré refoulé. Chaque fois que je disais je t’aime, que j’avais un mot tendre, qu’un compliment était prononcé, les mots raisonnaient dans mon corps, choquant mes entrailles, signalant une fausseté quelque part. Alors même que j’étais convaincu d’être sincère. Quand on éprouve le besoin de dire un mot tendre, ou gentil, on se pense automatiquement sincère mais la vérité est toute autre. Cette fausseté ressentie à chacune des douces déclaration me faisait si bien douter que je finissais par surenchérir pour me prouver que je le pensais réellement. Quand tu penses une chose, que tu veux la penser, mais que tu la sais fausse, tu la répètes et tu identifies ce besoin comme un gage de bonne foi. Tu mens et tu es un bâtard. Si tu dois te fourvoyer, tu sens que tu n’en paieras pas les pots cassés. Convaincre est plus facile que d’être convaincu. Je ne peux même pas culpabiliser tranquillement puisque je suis trop heureux de sortir enfin de cette prison cérébrale qui dévorait mon âme, et je me sens méchant et heureux. Ma consolation reste que ma victime n’aura pas foncé tête baissé, qu’elle s’en remettra bien plus vite que si elle m’avait écouté, et je la remercierai presque d’avoir été prudente à mon égard. Je suis un emo danger public qui n’ose plus se regarder dans une glace sans sa casquette en osier.
Je suis vraiment super content d’avoir passé ces quelques jours avec toi sophia, et j’espère que tu n’en tireras pas que du négatif. J’ai les regrets d’un échec tout en me sentant victorieux, et j’espère sincèrement que tu ne comprendras pas une ligne de ce texte que je n’aurai pas du écrire. Mais comme d’habitude, je n’ai pas l’impression d’avoir le choix, j’écris parce qu’il le faut, je t’embrasse.
Sophia
C’est dingue… il y a certaines personnes comme ça, on sait pas pourquoi, à un moment tout va bien, et puis tout d’un coup ça part en vrille. Sans raison. Heureusement qu’on est tous les deux assez cons pour passer l’éponge sans trop se poser de questions.
Finalement, on est toujours deux dans le loft, on n’a toujours pas baisé dans la piscine, et a priori il ne nous reste que quelques jours pour nous entretuer : le départ est prévu pour samedi. On a aussi acheté trois fois trop de bouffe (malgré les réticences d’Elric, qui prévoit toujours tout merveilleusement bien) donc Pamy, si tu veux venir chercher une pizza surgelée, on te la fera pas cher. Tiens, tu as de la chance, Elric insiste : on te la donne. Je crois vraiment qu’il t’aime bien, garde-le précieusement.
Elric
N1NE
Je sais qui tu es, je t’ai démasqué. Il manque une lettre dans ton pseudo.
C’est pas beau ce que tu fais, je te pensais pas comme ca
Elric
Hello, je voulais juste vous informer que j’ai repris les rennes de ce forum.
Sophia à commis l’erreur de laisser la page ouverte, et j’ai peu ainsi changer le mot de passe sans le connaitre.
C’est moi, le chef.
Elric
Ca y est, c’est fini. Fini les excuses, les regrets, les remords. Laissons place aux menaces et aux baffes dans la gueule. Là, enfin, je suis dans mon élément, le combat peut commencer. Quelques explications fallacieuses au téléphone, quelques menaces de rentrer chacun chez soi, des retrouvailles sans aucune allusion au passé, l’ambiance est posée. Je fais chauffer de l’eau, je coupe le poulet. Poulet dans la poêle, poivrons tranchés, tout baigne dans la sauce aigre douce et l’amour d’un plat préparé. J’ai envie que ce soit bien et madame décide de venir manger quand je termine mon assiette. Génial, on va s’éclater. Heureusement qu’on a jamais autant aimé être ensemble, parce que sans ça, je pense que je la mordrais jusqu’au sang. Apparemment, l’histoire doit être édulcorée, je dois rien raconter. J’ai enfin compris que la vérité ne valait rien, et je peux enfin me reposer sans chercher à tout savoir.
Donc ce soir, on va regarder des tas de films, faire des batailles de polochon, j’vais essayer de la peloter (non c’est pas vrai c’est elle qui m’a demandé d’écrire ça pour l’audimat).
Bisous à tous, surtout à N1Ne, tmtc kje tm, change pas jtdr.
Sophia
Jour 1, et déjà les ennuis commencent.
Ça devait être une semaine trippante, une semaine légère, pour se changer les idées. On devait se battre pour avoir le meilleur oreiller, galérer à se repérer dans une cité pourrie, regarder masse dvds, écouter le son punk qu’Elric taxe d’adolescent, et sa musique qui me rappelle de mauvais souvenirs de pré-pubère pucelle. On devait encore cramer le premier plat qu’on mettrait au four, rater tous les suivants, même les pâtes carbo. On devait en rire, et puis relater (de manière édulcorée, peut-être) tout ça dans ce blog qui avait pour vocation de distraire ses quelques lecteurs. Pas exclusivement issus de mtgfrance, d’ailleurs. L’exactitude des faits, on s’en foutrait. La vérité nous appartiendrait de toutes façons, et puis sincèrement, ce qui se passe réellement dans la vie d’Elric ou de Sophia, on s’en balance. On est là pour distraire, pour amuser. Pas pour faire une psychanalyse.
Enfin, c’est ce que je croyais ; apparemment, il en a été décidé autrement. Alors maintenant ces blogs semblent prétextes à réglements de comptes, étalages d’états d’âmes et autres joyeusetés qui, je le croyais, ne concernent personne à part les protagonistes de cette bien triste histoire. D’incompréhensions en frustrations, on en vient à se parler par blogs interposés. Moi ici, au travail, toi sur mon Mac à l’appart. Ç’en est presque amusant.
Puisqu’il semble impossible de cohabiter sans que cela ne pose d’importantes questions existentielles, puisqu’on ne peut pas partager des activités sans qu’un regard ou un mot apparaissent lourds de sous-entendus, puisque vraisemblablement on ne recherche pas la même chose… cette colocation a-t-elle toujours sa raison d’être ?
Alors, mesdames et messieurs, à vos claviers. Pour que Sophia reste, tapez 1 ; pour que l’aventure se termine ce soir, tapez 2.
Sophia
Jour J, heure H. Ou plutôt H+4 pour moi, à la bourre comme d’hab.
Un appart à Saint-Denis, deux pièces, presque l’eau courante.
Après moults retournements de situation (de situation, j’ai dit !) on est enfin tombés sur un accord pour la disposition des couchages. Tous les deux dans la chambre, chacun son lit.
On a réussi à choper une connexion Internet, Elric sent étonnamment bon après son bain d’eau froide, et il en profite pour essayer de me peloter. C’est pas vrai, mais il a voulu que je l’écrive, pour l’audimat.
Demain matin, courses chez Ed. On n’a pas une thune, alors on oublie le resto. L’homme, viril, portera les sacs, tandis que la femelle s’affairera aux fourneaux.
D’ici-là, il est temps de donner un peu de répit aux voisins (déjà malmenés par la version de Johnny B. Goode hurlée par Elric tout à l’heure).
Elric
Bon, je propose une réponse parce que là y’a rien d’emballant. Je pense que c’est PLUTÔT ÇA qu’on veut voir.
Elric : “ j’ai l’air d’un vieux lover de merde >< “
Elric : “ bon, si tu veux que yait tout sur ce blog, okay “
Elric : ” mais si on baise, on poste la vidéo “
Sophia : ” okay “
Vous êtes prévenus.
Sophia
Sophia : ” tu viens quand ? “
Elric : ” demain “
Elric : ” enfin si tout se passe bien : je vais griller le train, donc si jsuis pas là demain, jsuis en prison
“
Sophia : ” http://thecoloc.wordpress.com/ “
Elric : ” rofl “
Elric : ” t’es infâme “
Sophia : ” je propose qu’on écrive dedans tous les jours <3 “
Elric : ” je vais ptet pas venir finalement “
Elric : ” tu vas dire que jcrame les canapés, que jbrule tout, etc.
“
Sophia : ” mais justement, si ça se passe bien, ça prouvera à tout mtg que c’était nawak l’histoire de la thaïlande “
Elric : ” qui le postera ? “
Sophia : ” toi “
Elric : ” jsuis banni
“
Sophia : ” sérieux ?? “
Elric : ” vas-y on le fait quand même “
Sophia : ” pourquoi ? “
Elric : ” on le montrera à nos petits-enfants <3 “